Comment mieux valoriser les secrétaires médicales ?

Quand on parle de travail aidé, on évoque beaucoup les assistants médicaux, les infirmière de pratique avancée, les orthoptistes… Mais qu’en est-il des secrétaires médicales qui sont, depuis fort longtemps, la colonne vertébrale des cabinets médicaux spécialisés ?

Leur métier à évolué.

Les outils de dictée vocale ou la frappe en direct d’observations préparamétrées ont notablement réduit leurs tâches de dactylographie. Leur rôle dans l’accueil téléphonique et physique des patients reste toujours aussi important et apportent une dimension humaine irremplaçable au fonctionnement et à l’image d’un cabinet. Une bonne secrétaire sait prioriser les urgences, en concertation étroite avec le médecin. Elle décharge ce dernier de la plupart des tâches administratives : encaissements, gestion des achats, suivi des dossiers, rappel des impayés… Sans compter sa capacité à nous rappeler toutes nos petites étourderies : ordonnance manquante,  dossier à compléter…

On a cru que les logiciels de prise de rendez-vous en ligne et les outils informatiques nous permettraient de faire l’économie d’une secrétaire. Quelle mauvais calcul ! Aucun outil numérique ne permet de faire la différence entre une urgence véritable, peut-être vitale, et un patient simplement pressé parce qu’il veut partir en forme aux sports d’hiver… Et l’on voit ainsi des patients souffrant de troubles assez grave à qui le logiciel a octroyé un rendez-vous à trois mois, alors que la secrétaire aurait pu le « caser » sur un créneau d’urgence, voire en surnombre, à l’ancienne. Dans certains cas, il devient impossible d’adresser des patients au secrétariat de certains collègues car ils sont systématiquement renvoyés à une prise de rendez-vous en ligne. Et il nous faut parfois nous déplacer à pied pour débloquer la situation !

La secrétaire médicale joue deux rôles très importants, dont on ne parle pas assez.

Un rôle précieux de coordination des rendez-vous pour les examens complémentaires et les interventions multidisciplinaires. C’est ainsi qu’un patient éloigné pourra avoir le même jour un bilan radiologique et échographique, un électromyogramme, un doppler thoraco-brachial, précédant immédiatement un avis médical ou chirurgical. Autant de gagné en arrêts de travail, déplacements, temps perdu…

Le deuxième est un rôle d’accompagnement humain : beaucoup de personnes, pas seulement les « vieux » ont besoin qu’on leur répète plusieurs fois certaines explications et consignes. Parfois elles expriment devant la secrétaire, des choses qu’elles n’osaient pas dire au médecin. Certaines ont besoin d’une véritable guidance socio-administrative qui demande à la secrétaire une bonne connaissance des rouages pour leur préciser certains droits, les limites de ceux-ci, savoir à qui s’adresser pour obtenir des informations complémentaires…

Lorsqu’on a instauré les assistants médicaux, on a beaucoup parlé de la prise de tension et du déshabillage des patients. Franchement, est-ce vraiment le plus important pour un médecin spécialiste ? Est-ce la raison qui justifier 90 à 300 heures de formation complémentaire ? Bien sûr, certaines disciplines ont besoin d’une aide plus technique, par exemple pour préparer ou réaliser certains gestes comme l’électrocardiogramme. Mais n’est-ce pas là plutôt le rôle d’une infirmière de pratique avancée ?

Sur le site ameli.fr, ont lit que l’assistant médical peut prendre en charge trois types de mission : 

  • des tâches de nature administrative : comme par exemple, l’accueil du patient, la création et gestion de son dossier, l’accompagnement de la mise en place de la télémédecine au sein du cabinet ;
  • la préparation et le déroulement de la consultation : aide à l’habillage, déshabillage, prise de constantes (prise de tension, pesée, taille), mise à jour du dossier du patient concernant les dépistages, vaccinations, recueil d’informations utiles sur les modes de vie pour alerter le médecin si nécessaire, délivrance des tests (test angine par exemple) et de kits de dépistage, préparation et aide à la réalisation d’actes techniques (pour un électrocardiogramme, par exemple) ;
  • des missions d’organisation et de coordination : notamment avec les autres acteurs de santé. Il peut ainsi organiser un rendez-vous avec un médecin spécialiste, avec un hôpital en prévision d’une admission mais aussi avec d’autres professionnels de santé comme une infirmière, un masseur-kinésithérapeute ou un sage-femme ou autre nécessaire pour assurer la prise en charge des patients, de plus en plus souvent atteints de pathologie chronique ou après une hospitalisation. »

Nous avons mis en bleu les missions couramment réalisées par beaucoup de secrétaires médicales. Nul doute que quelques heures de formation complémentaire leur permettrait d’assurer aussi les autres.

Il est très regrettable que des médecins, généralistes ou spécialistes, généralement en Secteur 1, se voient obligés de se passer de secrétaire médicale, faute de ressources suffisantes dégagées par leur activité libérale. Il est tout aussi regrettable que les médecins qui ont fait l’effort de salarier une ou plusieurs secrétaires ne bénéficient d’aucune revalorisation associée au service rendu (ne parlons pas « d’aide »). Il est même paradoxal de devoir licencier une secrétaire expérimentée et lui payer une formation hypertrophiée pour lui permettre de changer de statut et bénéficier des financements destinés aux assistants médicaux…

La convention collective des cabinets médicaux ouvre la voie à une méthodologie innovante.

Elle comporte une série « d’emplois repères » allant du médecin à l’aide-soignante. On remarquera que les secrétaires médicales sont déjà classées dans la catégorie « assistante médicale ».

Le classement dans la grille salariale s’appuie sur une grille de critères : formation/acquis de l’expérience, complexité, autonomie, dimension relationnelle. La totalisation des points obtenus vis à vis de ces critères permet de situer l’employé(e) dans une grille de rémunération et de le faire évoluer dans son poste. On peut aussi imaginer de le faire évoluer vers un poste supérieur répondant mieux  aux capacités acquises et aux fonctions remplies.
Cette méthode pourrait facilement être adaptée à une évolution des « secrétaires médicales » en « assistantes médicales » reconnues, mieux valorisées et financées.
Pour cela, il faut accepter de revenir à plus de pragmatisme.