De l’activité d’une spécialité clinique en période de confinement à Paris

Le cabinet désemplit tous les jours, 2 ou 3 personnes viennent me rendre visite, les uns, capables de sortir de leur domicile et heureux de prendre l’air non pollué de la capitale, les autres soucieux de perdre du poids avant de prendre d’hypothétiques vacances, d’autres encore heureux de trouver une endocrinologue qui ne se limite pas aux seules téléconsultations régies par les plateformes inaccessibles aux détenteurs de la CMU.

Paris est désert parce que 1 500 000 personnes l’ont déserté, le cabinet est vide parce que les patients ont peur de venir, de prendre les transports en commun, parce que, atteints d’une maladie chronique, ils ne vont pas si mal, qu’une ordonnance est renouvelée par le pharmacien et qu’ainsi ils peuvent remettre à plus tard leur rendez-vous.

Et puis, il y a ceux qui sont tombés malades, que le SAMU est venu chercher et a isolés, ceux qui s’en sont sortis à temps, tous ceux-là, ils ont appelé pour avoir des conseils pour dire leur peur, pour être guidés.

Il y a tous ceux aussi qui ont appelé pour savoir si j’étais là, pour prendre de mes nouvelles, pour me remercier de ne pas avoir déserté….

Il y a ceux qui ont découvert les bienfaits de Skype (quand ça marche), quel plaisir de voir son ou sa patiente (ou son médecin) en vidéo, celle qui s’excuse de pas être bien coiffée, de le ou la voir chez elle, par le biais d’un petit écran …. façon show télévisé…

Enfin, parce que mon secrétariat téléphonique a arrêté toute activité depuis le 16 mars, je réponds au téléphone 7 jours sur 7, et outre le peu de rendez-vous que je peux accorder, je continue d’être proche et disponible pour cette patiente diabétique atteinte d’un cancer du pancréas métastatique hospitalisée loin de sa famille, proche de cette patiente centenaire diabétique hospitalisée après une fracture du bassin, proche de l’épouse d’un patient diabétique atteint d’une polyarthrite rhumatoïde et décédé après 3 semaines d’hospitalisation, enfin proche de la maman d’une jeune fille diabétique de type 1 hospitalisée, Covid négative mais dont la saturation en oxygène réclame sa substitution par 5 litres par jour.

Disponible pour appuyer les demandes des patients qui pourraient télétravailler et que les employeurs rechignent à leur accorder.

Disponible pour adresser par mail les compléments d’ordonnance concernant les masques chirurgicaux dont les patients diabétiques ont besoin.

Gestion numérique oblige et nécessaire de la pandémie active en Ile de France et renouveau d’une humanisation indispensable pour compenser la froideur de la première et qui fait l’exception de notre métier, jamais touché par le chômage.

Claude COLAS
Endocrinologue