En cette période d’épidémie et de confinement, la téléconsultation offre une solution séduisante pour continuer de rendre service à nos patients.

Les objectifs

  • Répondre à la demande des patients en précisant leur degré d’urgence. Il faut déterminer qui nécessite une prise en charge rapide au cabinet ou dans un service d’urgence et qui pourra attendre. Mais il faut aussi pouvoir, à la fin de l’épidémie, organiser un planning ordonné en fonction des besoins réels des patients.
  • Assurer les prises en charge qui ne nécessitent pas obligatoirement un examen physique complet : les patients que nous connaissons déjà, ceux qui ne présentent pas de critère de gravité et peuvent bénéficier de conseils et de prescriptions à distance.
  • Répondre aux patients qui pensent avoir des signes d’infection COVID.

Le choix d’une plateforme

De nombreuses plateformes de téléconsultation existent. Vous pouvez aller voir le site medicompare.fr pour vous faire une idée. Le choix n’est pas simple. Bien sûr, il y a Doctolib, qui est gratuit durant l’épidémie, mais impose ensuite un abonnement complémentaire de 79 €/mois en plus des 129 €/mois d’abonnement à son agenda.

Qare offre une plateforme très complète, ergonomique et puissante. Elle satisfait tous les collègues du Bureau d’Avenir Spé qui ont eu l’occasion de l’utiliser. Les téléconsultations sont gratuites durant l’épidémie. Ensuite, il y aura un abonnement mensuel à payer.

Pour ma part, j’ai utilisé Consulib.fr sur les conseils d’une collègue et de mon informaticien. La plateforme est simple et fonctionnelle. L’apprentissage par webinaire est rapide. L’équipe est réactive. Les patients s’y mettent facilement. En dehors de la période épidémique, le tarif est de 1 euro par consultation, sans autre engagement. Cela convient bien pour une utilisation mineure.

Priorité à l’organisation générale

Au départ du confinement, il y avait trop de choses à organiser pour consacrer beaucoup de temps déployer une téléconsultation « pour tous ».

Ma secrétaire a commencé par téléphoner à tous les patients qui avaient un rendez-vous en leur demandant d’adresser un mail à une boite de contact créée à cet effet, de manière à ne pas mélanger ces messages au flot habituel.

Cela a permis de maintenir des échanges par mails circulaires anonymisés et par mails personnalisés en direction de chacun. Nous avons clairement annoncé que les personnes qui nous adresseraient un mail seraient prioritaires pour la fixation d’un nouveau rendez-vous. J’ai également pu recueillir ainsi quelques détails sur les motifs de consultation, parfois un dossier plus complet.

Ciblage des téléconsultations

Ce premier niveau d’échanges a permis de cibler une dizaine de personnes en 2 semaines (sur 65 retours mails) souhaitant ou nécessitant une téléconsultation. Il est vrai qu’un ENMG pour paresthésie des doigts ne peut pas être remplacé par une téléconsultation…

Déroulement technique

Le téléchargement et l’installation ont été faciles. L’accès au webinaire aussi. J’ai donc fait quelques tests, avec ma secrétaire et ma famille, puis je me suis jeté à l’eau. Les tous premiers jours ont été laborieux du fait de la saturation du réseau et des plateformes. Mais c’est rentré dans l’ordre dès la seconde semaine de confinement.

Les plages de consultation ont été fixées au coup par coup, sur deux ou trois heures en fonction des besoins faisant suite aux échanges de mails. Les patients ont été informés par mail de l’ouverture de ces plages et de la procédure à suivre. Il y a eu peu de difficultés, même avec des personnes âgées peu familiarisées avec l’informatique.

Pendant la téléconsultation, je disposais sur un second écran d’un accès à distance sur l’ordinateur de mon cabinet, sur lequel je pouvais lire et écrire comme si j’étais sur place. En effet, je considère que la plateforme de téléconsultation ne doit pas devenir un second logiciel métier, mais seulement un outil d’échanges rapides avec le patient. L’observation est tapée dans le logiciel métier au cabinet. Ensuite, un copier-coller permet d’en adresser une copie au patient au travers de la plateforme.

Nous n’avons pas utilisé le téléchargement des documents par le malade dans son dossier. Spontanément, ceux-ci m’ont tout envoyé par mail…

La qualité des échanges vidéo a été assez correcte, parfois un peu limite pour bien apprécier une gibbosité lombaire, par exemple. Par contre, il est facile de s’assurer que la manoeuvre talon pointe est bien effectuée dans le cadre d’une sciatique hyperalgique.

Intérêt de la téléconsultation visio

Indéniablement, elle apporte un « plus » en termes d’échanges avec le patient, de qualité de contact, de richesse d’expression et d’empathie. Malgré les limitations, on peut recueillir quelques informations cliniques objectives qui renseignent surtout sur le degré de gravité et d’urgence de la situation.

Le plus souvent, la téléconsultation débouche sur des conseils généraux, une prescription d’attente et une proposition de se revoir « en vrai » après le confinement. Mais ces mesures ont un effet rassurant et permettront une prise en charge sans délais organisationnels supplémentaires à la sortie. Enfin, il y a quelques cas qui justifient une prise en charge vraiment urgente, telle cette sciatique hyperalgique non déficitaire requérant une infiltration radioguidée, voire une intervention chirurgicale sans trop tarder.

Soulignons que la téléconsultation n’est pas un exercice rapide ni reposant. Elle demande une concentration particulière et un travail avant, pendant et après la consultation elle-même. Il est clair que la rémunération de 30 euros ne rémunère ni l’expertise ni le temps passé.

Quelles perspectives pour l’avenir

Sans l’épidémie de COVID, je n’aurais probablement pas faire l’effort de me mettre à la téléconsultation. La médecine physique et de réadaptation repose, avant tout, sur la clinique et le contact palpatoire avec le patient est aussi important que le stéthoscope pour le cardiologue.

Néanmoins, je vois deux situations en MPR pour lesquelles la téléconsultation pourrait trouver une place pérenne :

  • Certaines consultations de synthèse, en particulier après réception de l’imagerie, pour fixer les décisions thérapeutiques et les expliquer au patient. Jusqu’à présent, si l’on ne le faisait pas revenir, c’est une activité de coordination spécialisée qui n’était pas valorisée.
  • Les consultations de prescription et validation de fauteuils roulants électriques, qui nous sont de plus en plus demandées. Elles génèrent de coûteux déplacements du patient au cabinet, alors même qu’il pourrait être plus utile de le voir avec son matériel à  domicile en présence de l’ergothérapeute et du fournisseur.

D’autres indications émergeront peut-être à l’avenir. Mais gardons-nous de trop prophétiser !