L’organisation des professions de santé : quelle vision dans dix ans et comment y parvenir ?

Analyse et commentaires

Rapport présenté à l’Assemblée nationale le 7 juillet 2021 par le député Cyrille ISAAC-SIBILLE

Ce rapport s’ajoute à une série de documents officiels, notamment les rapport IGAS sur la pédiatrie et sur l’ophtalmologie. Il s’appuie sur la constatation d’une pénurie de l’offre médicale pour proposer un renforcement des compétences et de l’autonomie des professions paramédicales selon une « politique de l’escalier ».

Ce rapport a été rédigé après l’audition des représentations professionnelles paramédicales. L’avis des médecins a été peu sollicité et peu écouté.

Certes, la place du diagnostic médical est reconnue :

« Le diagnostic médical clinique permet de reconnaître une maladie pour en assurer une prise en charge appropriée. Il est issu du recueil et de la hiérarchisation des symptômes et des signes cliniques, puis confirmé et précisé par les examens complémentaires (1). La réalisation du diagnostic demande une culture médicale globale permettant de faire des diagnostics différentiels (c’est-à-dire de procéder à des investigations appropriées afin d’écarter certaines possibilités et de confirmer le diagnostic). Le diagnostic est un élément essentiel de la décision médicale« .

 Mais il n’en est tiré aucune conséquence :

« Schématiquement, la coordination consiste à répartir les tâches, les rôles et les responsabilités entre plusieurs acteurs de manière relativement « verticale », alors que la coopération consiste à fédérer des compétences autour d’un projet commun et recouvre une dimension plus « horizontale ». Pour le rapporteur, c’est bien la coopération qui doit être privilégiée lorsque l’on cherche à renforcer la collaboration entre les professionnels de santé« .

A aucun moment, il n’est dit qui doit élaborer le « projet commun » et sur quelle base. Cette coopération idyllique semble appelée à s’instaurer naturellement que par la proximité des acteurs au sein d’une structure pluriprofessionnelle…

Développer de nouvelles compétences, mais sur quelles bases ?

On ne peut qu’approuver la montée en compétences des professionnels paramédicaux qui nous entourent. Mais savoir réaliser un acte est-il le gage d’une application à bon escient.

Le terme de pertinence, souvent opposé aux médecins, n’est jamais prononcé dans ce rapport. Par contre, le « diagnostic » (infirmier, kinésithérapique…), « l’interprétation », l’accès direct apparaissent plusieurs fois dans le document.

Les paramédicaux plus vertueux que les médecins ?

Dans les années 80, après avoir ouvert les vannes de la formation médicale et encouragé le consumérisme des patients, les pouvoirs publics ont accusé les médecins de multiplier les actes et prescriptions au détriment des finances de la Nation. Le numerus clausus a été resserré, le MICA a poussé les médecins à la retraite, les tarifs médicaux ont été gelés, tandis que la réglementation condamnait ceux qui voulaient mieux s’organiser.

A présent, ce qui était « compérage » devient « coopération horizontale », sans responsable désigné, sans règle de régulation, sans critère de qualité ni de résultat. Par quel miracle divin, ce dispositif indéfini produira-t-il plus d’efficience en matière de santé et garantira-t-il une meilleure utilisation des dépenses de santé ?

Le récent scandale des centres de santé ophtalmologique (22 millions de fraude) devrait rendre prudent.

Une alternative structurée : les Equipes de Soins Spécialisés

Loin de nous l’idée de camper sur des positions « rétrogrades », de refuser la montée en compétence des professionnels paramédicaux, d’ouvrir leurs perspectives de carrière, de leur dénier toute liberté à répondre à des demandes urgentes auxquelles les médecins ne peuvent plus faire face tous seuls.

Bien sûr, il nous faut concevoir des dispositifs de délégation de tâches, parfois élaborées, et développer des équipes qui couvriront mieux les besoins locaux, mais aussi les demandes distantes émanant des zones sous-dotées.

Encore faut-il qu’il y ait des capitaines reconnus sur les navires pour fédérer et réguler le réseau des « soignants » de tous ordres, pour que tous ces beaux projets n’aboutissement pas à une gigantesque et coûteuse Tour de Babel.

Les médecins généralistes auront un rôle important à jouer au niveau local.

Dans un cadre géographique souvent plus large et pour des thématiques plus ciblées, les médecins spécialistes sont appelés à proposer des équipes de soins spécialisées, à partir de plateformes physiques, mais aussi de réseaux de qualité constitués avec des professionnels motivés, prêts à suivre des formations dédiées et à respecter un cahier des charge partagé.

Cette proposition doit être entendue et des moyens devront être donnés pour la faire vivre, au plus grand profit des patients.