Syndicat national des psychiatresLes psychiatres engagés pour défendre le bien commun médical des Français

Depuis des décennies, la société française voit son bien commun s’appauvrir au nom du bien particulier. Des critères économiques, ultra-libéraux, imposés par le monde financier, font que le service public français serait trop onéreux et nécessite une destruction/restructuration.

Deux piliers en sont particulièrement touchés : le monde de l’Éducation et de la Santé.

La médecine publique, libérale et privée, en particulier en psychiatrie, est durement impactée par cette vieille politique d’exploitation de l’humain qui se voudrait innovante dans ses slogans.

Une planification terrible s’abat sur notre système de soin. Les hôpitaux publics sont déstructurés. Le profit personnel domine le profit collectif au prix de la souffrance des soignants et des malades.

Les médecins libéraux français, qui ont une convention avec l’Assurance Maladie, assurent une continuité des soins à toute la population des plus pauvres aux plus riches.

Il faut noter que si les soins doivent être accessible à tous, la santé ne l’est pas car les catégories les plus défavorisées subissent plus de maladies et meurent plus tôt. La politique de santé est plus occupée à démolir le soin que d’assurer un bien être à sa population. Le droit à la santé n’est pas le droit au soin.

Progressivement, les lobbies de la santé ont décidé d’augmenter leurs profits au détriment de la population.  Ils ont influencé, la politique française à l’Assemblée Nationale et dans les grands corps de l’État.

Les Présidents français et les Premiers ministres reçoivent plus souvent des grands patrons d’assurance et de banque que des médecins. Les députés sont démarchés, commercialement et officiellement, sans que des règles strictes de contrôle soient appliquées comme pour les médecins.

Les hauts fonctionnaires reçoivent des formations aux « nouveaux » principes économiques et peuvent travailler dans le privé dès qu’ils le souhaitent. Des professeurs de médecine sont subventionnés comme agents commerciaux pour faire la promotion d’une médecine dite innovante qui assurent encore plus de profits pour les grands groupes financiers et pharmaceutiques. La Haute Autorité de Santé, qui défend les principes financiers se devrait d’être totalement indépendante des lobbies plutôt que de l’État.

Un des premiers effets, de cette politique, est que les honoraires des médecins libéraux stagnent souvent et peuvent aussi régresser.

Les psychiatres sont victimes d’une dévalorisation de l’acte de consultation. Cette politique scandaleuse a précipité un grand nombre de spécialistes libéraux vers le secteur 2. Pour limiter les remboursements des malades, l’OPTAM a été crée pour que les assurés, qui consultent des secteurs 2, ne soient plus remboursés partiellement que par l’Assurance Maladie, dans une époque où les complémentaires santé sont devenus obligatoires. Grace à cette astuce, ce sont les médecins secteurs 2 qui sont désignés comme responsables de la perte d’accès aux soins.

Ce qui est vrai, c’est que les complémentaires santé coutent beaucoup plus, remboursent moins et que les assurés doivent toujours payer plus.

L’accès aux soins serait une priorité aujourd’hui, après avoir démantelé les hôpitaux publics et privés, mais cette priorité est plus dans un esprit populationnel que dans la continuité des soins. Le Ministère des solidarités et de la Santé veut  promouvoir  les Communautés professionnelles territoriales de santé  (CPTS) : pour se mobiliser pour organiser les soins de ville (https://solidarites-sante.gouv.fr/systeme-de-sante-et-medico-social/acces-territorial-aux-soins/article/communautes-professionnelles-territoriales-de-sante-se-mobiliser-pour-organiser)? Les CPTS constituent un levier particulièrement prometteur pour la politique d’accès aux soins. Elles incarnent une démarche que l’on peut qualifier de « populationnelle » au sens où l’enjeu est dorénavant pour les professionnels de s’impliquer dans la prise en charge de la population d’un territoire et non plus de patientèles attitrées.

Il est clairement dit que les médecins, généralistes ou spécialistes, ne seront plus là que pour organiser, à partir d’un diagnostic sommaire, du tri et de l’orientation.

Dans cet esprit, les malades deviendront des produits à traiter rapidement. Le temps du soin, les médecins de famille et le colloque singulier, si précieux dans la prise en charge médicale, devront disparaitre. La psychiatrie privée connait aujourd’hui cette triste évolution dans les CMPP qui se verraient transformés en plates formes logistiques comme pour les colis.

Le populationnel, c’est de la logistique pour les marchandises humaines.

Avec cet esprit productiviste, les établissements de soins, publics et privés, sont soumis à la dictature de la durée moyenne de séjour. Les libéraux devront recevoir, plus rapidement, un grand nombre de malades et se limiter à trois/ quatre consultations par patient et par an.

En psychiatrie, nous assistons à un appauvrissement de la nosographie classique au profit de diagnostics grossiers « indiscutables » qui ménagent l’industrie pharmaceutique par des prescriptions, souvent à vie et, surtout, font des maladies des spectres, des troubles, des handicaps qui ne nécessitent plus des soins fréquents. L’infinie créativité de l’esprit clinique se voit réduit par des médecins commerciaux au service de la finance. La médecine innovante deviendrait celle du diagnostic attendu sans prendre le temps de l’observation. Ainsi, une politique du diagnostic grossier qui peut être répertoriée par les professionnels de santé non professionnels du soin, devient mieux contrôlable.

Le diagnostic n’est plus fait pour les médecins mais pour les assureurs et la consommation pharmaceutique.

Aujourd’hui, en nous associant avec AVENIR SPE – LE BLOC, nous allons tenter de défendre l’indépendance professionnelle et la continuité des soins.

Dans les régions, face aux ARS, nous seront vigilants pour préserver une véritable qualité soignante et ne pas promouvoir la qualité industrielle responsable de morts et de désolations.

Il n’est pas question que l’accès aux soins, programmés ou non, devienne seulement un tri sans conscience.

Au niveau national, le temps consacré aux malades doit être protégé et payé à sa juste mesure. Les honoraires doivent être augmentés pour être respectueux de cette pratique. Les médecins, ne doivent plus être soumis à la dictature productiviste.

Enfin, il faudra sans doute attaquer le mal à la racine. L’intoxication financière, dont est victime, notre système de soin doit être dénoncée. Les conflits d’intérêts doivent être obligatoirement annoncés. Les politiques, les hauts fonctionnaires, les médecins qui font la promotion d’une politique de santé devraient afficher clairement les avantages qu’ils retirent de leur prise d’intérêt.

Il faut que les mutuelles retrouvent l’esprit mutualiste et retrouvent l’esprit de solidarité.

Tous, nous devons défendre le bien commun d’un monde du soin, scientifique, indépendant des lobbies. La psychiatrie doit retrouver son niveau de compétence et ne plus subir cette réduction de l’offre de soin du psychiatre en exploitant d’autres professionnels (médecins généralistes, psychologues, infirmiers de pratique avancée). Le psychiatre est indispensable pour des soins de qualités. Les soins ne doivent plus être une source de profits mais de bienfaits.