Syndicat Français de Médecine Physique et de RéadaptationPratique(s) avancée(s) en kinésithérapie : vers une nouvelle « profession médicale » ?

 

Depuis plusieurs années, les organisations professionnelles des kinésithérapeutes militent pour une autonomisation de leur activité, voire de leur profession.

Dans le rapport intitulé « Vers un diplôme d’exercice de niveau master », le Conseil de l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes (CNOMK) considère que les pratiques avancées doivent avoir pour point de départ le « statut de profession médicale à compétences définies et une formation d’ingénieur en santé de niveau Master ». Le grade master récemment accordé ne correspond certes pas à un diplôme master, mais est considéré comme très encourageant par le CNOMK. L’objectif affiché est de « permettre le premier recours dans des champs définis, afin de répondre aux besoins de la population ».

 

Une « pratique avancée » qui ignore délibérément les médecins

Un document de synthèse intitulé « La pratique avancée en kinésithérapie » initialement rédigé en novembre 2020 par l’URPS-Kiné-Ile-de-France à la demande de l’ARS a servi ensuite de support pour rencontrer de nombreux autres acteurs. Il tourne clairement le dos à une collaboration supervisée par un médecin.

Voici quelques exemples : 

Kiné pratique avancée

Le médecin traitant adresse son patient au kinésithérapeute qui décide si un recours à la chirurgie est nécessaire ou non. Que le patient soit opéré ou non, le kiné reste le seul à maîtriser le parcours thérapeutique du patient.

Kiné aux urgences

A partir d’un algorithme qui décide du caractère « bénin » de la pathologie, le patient est pris en charge par le kinésithérapeute avant d’avoir vu le médecin urgentiste…

Kiné et neurochirurgie

A nouveau, c’est au kinésithérapeute de décider si le patient relève d’un envoi au neurochirurgien ou d’un traitement « conservateur ».

 

Le modèle pour la lombalgie du centre médical Virginia Mason de Seattle, cité dans le rapport québécois, est encore plus éloquent encore !

Kiné pratique avancée Québec

Modèle du centre médical Virginia Mason : rapport québécois sur la pratique avancée en physiothérapie

Ce serait drôle si ce n’était qu’un dessin humoristique. La démarche médicale est caricaturée pour bien mettre en valeur le rôle salvateur du kinésithérapeute. Mais au fait, si la lombalgie est véritablement bénigne, quelle est la légitimité de la prise en charge kinésithérapique ?

 

Peut-on encore revenir à plus de raison ?

La nature « grave » ou « bénigne » d’une affection n’est jamais inscrite sur le front d’un patient. Bien sûr, des red flags ont été définis pour juger de l’urgence ou non à demander des examens complémentaires coûteux. Mais les médecins ont également été formés pour relever des indices de gravité parfois discrets, évoquer des diagnostics étiologiques différentiels et définir une stratégie de prise en charge et de suivi qui n’a rien d’univoque. La chirurgie n’est pas la seule option à considérer, le recours à un kinésithérapeute est loin d’être toujours nécessaire. Et il a un coût.

Le SYFMER ne s’oppose pas à l’évolution des professions paramédicales requise par l’évolution de notre système de santé. Mais plutôt que de nier l’importance d’un diagnostic médical pour assurer le maximum de sécurité et de pertinence aux prises en charges, il conviendrait de réfléchir à une meilleure articulation entre des kinésithérapeutes de mieux en mieux formés et les médecins généralistes ou spécialistes dont la disponibilité est, certes, limitée, mais dont le rôle restera toujours indispensable.

Le maintien d’un système de santé sûr et performant ne se bâtira pas sur la déstructuration des relations entre professionnels paramédicaux et médecins.

 

Georges de KORVIN
MPR libéral
Président honoraire du SYFMER

Jean-Pascal DEVAILLY
Praticien hospitalier
Président du SYFMER.
Courriel : jpdevailly@gmail.com