PLFSS 2022 : accès direct et liberté de prescription pour les orthoptistes et les kinés

L’avant-projet du PLFSS 2022 est muet sur le développement de la médecine spécialisée, laissée pour compte durant la pandémie de COVID. Elle lui tourne même franchement le dos en actant un accès direct à deux professions paramédicales, au mépris de la plus élémentaire prudence en matière de sécurité des soins.

OrthoptisteArticle 42 – Amélioration de l’accès à la filière visuelle

Il est savoureux de citer le bon fonctionnement de la collaboration entre ophtalmologistes et orthoptistes dans les cabinets d’ophtalmologie pour en déduire que les orthoptistes ont ainsi acquis les compétences pour se passer des ophtalmologistes !

Si l’on réduit les troubles visuels à des problèmes de lunettes et de lentilles, comment peut-on espérer déceler précocement des maladies graves comme les glaucomes, les rétinites, ou les tumeurs cérébrales à un stade encore curable ? Ces mesures nous ramènent à l’époque de mon arrière-grand-mère qui allait acheter ses lunettes au marché…

L’argument de l’accessibilité aux soins est tout aussi fallacieux. Les statistiques citées datent de 2018, mais le SNOF a bien montré que la réorganisation des cabinets d’ophtalmologie a déjà permis de diviser par deux les délais d’attente. L’objectif d’un mois est pour bientôt et notre Ministre sait bien que le rapport entre offre et demande s’inversera dès 2024.

Faudra-t-il alors licencier les orthoptistes des cabinets et revenir à une pratique « à l’ancienne », tandis que les orthoptistes indépendants seront ubérisés par les groupes financiers ?

 

Article 43 – Modalités de prescription des kinésithérapeutes

« Pour un marteau, tout objet n’est qu’un clou ». Moins on a de connaissances, plus on croit tout savoir. Ces maximes s’appliquent bien aux schémas proposés par les organisations de kinésithérapeutes dont le lobby puissant s’est imposé auprès de nos décideurs politiques. Lisez notre article sur les pratiques avancées en kinésithérapie.

Quel est le coût de la kinésithérapie ?

  • La lettre-clé AMK, généralement applicable aux actes de kinésithérapie, est à 2,15 € en Métropole.
  • Bilan ostéoarticulaire isolé : AMK 10 pour tout le corps = 21,50 €
  • Bilan kinésithérapique intégré à un traitement kinésithérapique : 23,01 € (23,22 € pour les affections neuromusculaires)
  • Rééducation d’un membre et de sa racine, quelles que soient la nature et la localisation de la pathologie traitée : AMS 7,5 = 16,12 €
  • Rééducation de tout ou partie de plusieurs membres, ou du tronc et d’un ou plusieurs membres : AMS 9,5 = 20.42 €

Ainsi, un patient lombalgique pris en charge par un kinésithérapeute coûtera vraisemblablement : 1 bilan kiné + 10 séances de kiné = 227,21 €, soit l’équivalent de quatre APC… sans qu’un diagnostic n’ait été porté. Mais bien souvent, les patients « bénéficient » de 20, voire 50 séances de kinésithérapie (avant de se lasser). Ils auront alors coûté de 400 à 1000 €.

Et ne parlons pas du safari paramédical souvent généré par la « coopération horizontale » : kiné -> podologue (semelles) -> ostéopathe -> orthodontiste -> orthoptiste…

Rappelons que chacun de ces professionnels est autorisé à pratiquer des « dépassements d’honoraires » que les mutuelles acceptent de rembourser avec moins de réticence que pour les médecins.