Ne pas confondre PCR et contagiosité : de la problématique du dépistage de masse

Le problème majeur est que les tests de PCR actuellement disponibles ne sont pas adaptés à faire du dépistage (ils n’ont pas été fait dans cette optique). Il n’y a qu’un lien ténu entre le résultat et la contagiosité alors que c’est ce qu’on aimerait connaitre.

Le test a été fait pour confirmer ou infirmer un diagnostic chez quelqu’un de symptomatique. Dans cet usage un bon test.

Par contre, le test chez quelqu’un qui n’a pas de symptôme peut être négatif car la sécrétion virale est faible et pas nécessairement localisée sur tout l’épithélium nasopharyngé. Ainsi, le résultat est dit (un peu abusivement) « faussement négatif » : il faut comprendre que le test est négatif à l’endroit où le prélèvement a été fait mais que de 20 à 30% des cas, le virus est excrété ailleurs dans la sphère des voies aériennes supérieures et que donc la personne est en fait contagieuse. Bien sûr, plus le sujet est symptomatique, plus il y a de zones atteintes dans ses voies aériennes supérieures et donc plus il y a de chance que son prélèvement soit positif. A l’inverse, le test RT-PCR détecte de l’ARN viral mais pas la capsule virale. Lorsque le virus meurt, il laisse sur place son ARN que l’on peut détecter donc et amplifier par RT-PCR. Ici le test est dit (abusivement également) « faussement positif » : il faut comprendre que malgré un test positif on peut ne pas être contagieux. (cf. Atkinson et al Lancet 2020 ; https://doi.org/10.1016/S0140-6736(20)30868-0)

Enfin on sait qu’il existe des formes asymptomatiques complètement (mais on ne sait pas si elles sont contagieuses ou pas) et des formes pré-symptomatiques (c’est-à-dire que la PCR est positive quelques jours avant les symptômes). Dans cette situation, on a pu documenter des cas de contagiosité. Pour le moment néanmoins, on doit souligner l’immense différence de contagiosité qui existe dès lors qu’on applique les mesures barrières et que l’on porte des équipements de protection individuels (EPI) (Heinzerling A et al MMWR 2020 https://www.cdc.gov/mmwr/volumes/69/wr/mm6915e5.htm)

Pr Dominique Somme
Chef de pôle Anesthésie, SAMU, Urgences, Réanimations, Médecine Interne et Gériatrie,
Chef de service de Gériatrie,
UFR Médecine, Université de Rennes 1, UMR 6051 ARENES

Ce texte fait suite à une question posée par le Dr Eric Fossier (Lorient) et transmise aux élus de l’URPS ML de Bretagne.