Expertise et organisation ciblées

Les médecins spécialistes monodisciplinaires apportent une double plus-value au patient :

Une expertise dans un domaine identifié, fondée sur une formation initiale diplômante, une reconnaissance nationale et européenne, un exercice exclusif et un développement professionnel continu spécifique ;
Une organisation spécifique à chaque discipline, avec la tenue de consultations dédiées à des sujets particuliers, une réponse spécifique aux urgences, des réseaux professionnels et des synergies interdisciplinaires, enfin, des outils d’exploration et des outils pédagogiques.

Vers le renouveau de l’expertise clinique

Les futurologues nous annoncent de prochaines révolutions technologiques. Réduiront-elles l’utilité de l’expertise clinique spécialisée ? Au contraire, nous observons que cette évolution a déjà commencé et qu’elle renforce la nécessité de valoriser le temps passé à l’analyse clinique et au raisonnement médical.

La réalité augmentée existe dans les faits : lorsque le gynécologue fait une échographie lors de sa consultation, quand le cardiologue fait une ECG et une échographie cardiaque, ce sont des exemples de réalité augmentée. Encore faut-il savoir ce que l’on cherche, connaître les pièges techniques, les faux positifs et faux négatifs et, surtout, savoir que faire des résultats !

Les algorithmes qui fonderont l’intelligence artificielle sont déjà ébauchés et disponibles en ligne : les recommandations des sociétés savantes et de la HAS, les sites d’information comme Orphanet et d’autres, tant pour les professionnels ou le grand public, représentent déjà des aides importantes à l’orientation diagnostique et à la décision médicale.

Encore faut-il alimenter les algorithmes avec des données fiables ! Le meilleur cuisinier ne peut faire de bons plats sans de bons ingrédients… Il faut être capable de convertir les plaintes des patients, souvent déroutantes, en symptômes exploitables accompagnés de données précises.

La dimension humaine, psychosociale et culturelle, doit être aussi prise en compte : il faut adapter le discours, expliquer, rassurer, stimuler, accompagner le patient. Cela sera d’autant plus convainquant que l’on connaîtra parfaitement les tenants et les aboutissants du domaine traité, avec ses variantes, ses raretés et les limites (évolutives) des connaissances du moment.

En outre, il sera toujours indispensable de savoir conserver un lien avec la réalité clinique, sous peine de se fourvoyer dangereusement. Des automobilistes se sont noyés dans un port car ils ne regardaient plus que leur GPS. Lorsque l’on apprend à naviguer ou à piloter un avion, on nous inculque le réflexe de faire régulièrement de balayer l’horizon du regard. Le crash du vol Rio-Paris aurait pu être évité si le pilote avait eu les réflexes que l’on inculque dans les écoles de pilotage à vue. Inversement, le pilote qui a sauvé son équipage et ses passagers en atterrissant sur l’Hudson River avait plusieurs centaines d’heures de pilotage de planeur à son actif…

Le coût du défaut d’expertise

Le défaut d’expertise conduit à la non qualité et au surcoût. Combien d’examens inutiles sont demandés faute d’avoir bien interrogé et examiné le patient ? Combien de prescriptions inutiles de kinésithérapie, de semelles orthopédiques, de médicaments coûteux, alors même qu’aucun diagnostic précis n’a été posé ?

Rappelons que 10 séances de kinésithérapie pour rachialgie, souvent réduite à des massages inutiles, coûtent 161,30 euros alors que la consultation d’expert ne dépassera pas 50 euros dans la présente convention. Quel intérêt pour le patient et la société d’orienter systématiquement les enfants vers un pédicure-podologue qui fera systématiquement des semelles orthopédiques, inutiles à quelques exceptions près, plutôt que de demander conseil à un spécialiste de l’appareil locomoteur ?

Plus grave encore, la prolifération anarchique des thérapeutes de tous poils, professant des idées datant du XIXème siècle, au mieux des années soixante, conduit à une acculturation des patients en matière de santé et au développement de la pensée magique.

Expertise médicale spécialisée et prévention

La prévention est une priorité nationale. Elle doit reposer sur une vision rationnelle de la santé humaine, faite de facteurs biologiques, comportementaux et environnementaux. Il faut sortir des peurs et des tabous, entretenus par l’ignorance et les rumeurs.

Les médecins spécialistes ont un rôle important à jouer dans la politique de prévention, aussi bien de manière individuelle que collective.