Spécialistes, combien de divisions ? Avenir Spé lance déjà l’offensive en vue des élections aux URPS  

Par Marie Foult – Quotidien du médecin – publié le 10/07/2020

Crédit photo : S. Toubon

Les grandes manœuvres se profilent en vue des prochaines élections professionnelles en médecine libérale en avril 2021. Avec une recomposition du paysage programmée chez les spécialistes libéraux.

Alors que la CSMF, majoritaire, vient de présenter sa nouvelle feuille de route et une rénovation statutaire, c’est au tour d’Avenir Spé d’afficher ses ambitions avec la ferme volonté de présenter des listes « dans toutes les régions ». Issu – en début d’année –d’une scission au sein de la CSMF d’une partie des verticalités pour créer un syndicat autonome unitaire sous la houlette du gastro-entérologue nantais Patrick Gasser (ex-président de la branche spé confédérale), Avenir Spé présente aujourd’hui ses axes pour « un socle de réforme de la santé ».

Les régions aux manettes

Le constat du syndicat est implacable. Les réformes en cours n’évoquent que très marginalement la place des spécialistes dans le système de soins alors qu’ils constituent le groupe médical majoritaire.

Le Ségur de la santé ? « Trop rapide », « hospitalocentré », réglé « à coups de milliards d’euros », une « mascarade », peste le Dr Gasser qui aurait préféré un plan de sauvegarde immédiat de la médecine libérale couplé à une réforme de fond du système de soins qu’il appelle de ses vœux autour de quatre axes : territoires, statuts/métiers, financements/contractualisation et établissements de soins.

S’agissant de l’organisation territoriale, Avenir Spé juge les schémas actuels trop « rigides » pour les spécialistes de proximité avec les GHT d’un côté (groupements hospitaliers) et les CPTS (communautés libérales) de l’autre. Réclamant un « plan quinquennal », il défend la mise en place d’une nouvelle gouvernance transférant aux régions la responsabilité de l’organisation de la santé. L’idée serait de développer une culture de « partenariat » et « cogestion » en santé (inspirée du modèle allemand) impliquant les acteurs territoriaux de soins (dont les URPS pour le secteur libéral) et les financeurs (CPAM, mutuelles). « Il faut une régionalisation plus poussée, pourquoi pas avec des ONDAM régionalisés, plaide le Dr Gasser. Les agences régionales de santé (ARS) ont leur rôle à jouer, mais surtout dans la coordination entre les acteurs. »

Si le syndicat ne va pas jusqu’à défendre la mise en place de tarifs régionaux variables, il propose que les spécialistes puissent « contractualiser » avec les représentants de la région ou des autorités de santé sur des sujets divers : adéquation entre le nombre de spécialistes et les besoins de la population, soins non programmés, urgences et PDS, parcours de soins chroniques, pertinence des actes… Dans le cadre de cette « responsabilité populationnelle », la généralisation des équipes de soins spécialisés est défendue par Avenir Spé qui souhaite au passage que toutes les spécialités puissent bénéficier demain d’un accès direct.

Davantage de travail aidé

L’évolution de la profession est aussi au programme dans un contexte de charges en hausse et de tarifs en berne. Pour redonner du souffle aux carrières, Avenir Spé propose de créer un nouveau statut du praticien exposant clairement « ses droits et ses devoirs » dans le cadre d’un contrat social rénové.

Le Dr Gasser plaide pour le développement de l’exercice médical aidé, avec le déploiement des infirmiers en pratique avancée (IPA) et de gestionnaires de parcours. « On n’utilise pas la valeur du médecin à son juste niveau. Globalement, tous les métiers de soignants doivent s’élever en compétences et en rémunération », confie le patron d’Avenir Spé, qui défend de longue date la notion d’entreprise médicale.

Plan numérique

Côté formation, le syndicat souhaite rendre obligatoire les stages en médecine de ville pendant la formation initiale des futurs spécialistes (beaucoup trop rares), développer les formations au management d’équipes mais aussi l’enseignement des dernières techniques innovantes. « Il convient aussi de rendre transparent le financement de la formation continue et la recertification demain », glisse le Dr Gasser.

A cela s’ajoute la mise en place d’un plan numérique, le déploiement du suivi digital dans toutes les spécialités – télésurveillance, télé expertise, e-prescription – et une obligation d’interopérabilité des logiciels (métier, téléconsultation). En revanche, il convient d’encadrer les sociétés commerciales « afin d’éviter les dérives du consumérisme médical remboursé ». Le Dr Gasser s’inquiète aussi de la tentation monopolistique de certains opérateurs comme Doctolib.

Moins de postes administratifs

Sur les moyens et le financement, les positions d’Avenir Spé sont tranchées. Outre la hausse générale des salaires des soignants, le Dr Gasser priorise la réévaluation des tarifs des actes médicaux complexes (CCAM clinique, consultations pluridisciplinaires, de dépistage) plutôt que ceux des actes de base (consultation de référence).

Il souhaite aussi réévaluer le coût de la pratique et augmenter les tarifs hospitaliers (GHS). Il préconise parallèlement… la baisse du nombre de postes administratifs hospitaliers en les transférant progressivement vers le soin. La tarification à l’activité (T2A) doit être conservée mais « adaptée ».

Le syndicat de spés ne ferme pas la porte à l’évolution des modes de rémunération que ce soit l’intéressement par un partage des gains (économies sur la prescription de biosimilaires) ou via des accords de pertinence (radiologues). Quant au paiement à l’épisode de soins, il doit être évalué « dans certaines spécialités », par exemple en endocrinologie pour les décompensations du diabète.

Ces propositions forment désormais l’architecture du programme politique du syndicat aux futures élections aux URPS, même si elles pourront être « amendées ».

Pourquoi s’engager dans une liste aux élections URPS de sa région ? Témoignages

AVENIR SPE présentera des listes de candidats aux prochaines élections URPS. Nous devons susciter de nouvelles vocations pour renouveler et rajeunir les élus qui représenteront la médecine spécialisée. Certains peuvent s’interroger sur ce que représente un tel engagement. C’est pourquoi, nous commencerons ici par quelques témoignages vécus.

Benoît FEGER – Ancien président d’URPS

J’ai un parcours atypique car je me suis présenté pour la première fois aux élections en n’y connaissant rien de rien, si ça peut vous rassurer. J’y ai beaucoup appris, et aussi pris du plaisir !

Juste entré a la FMF à l’issue des coordinations de spécialistes de 2000, j’ai monté une liste de spécialistes pour la Bretagne. Pas facile, car il y avait plus de candidats a vouloir être en position non éligible que pour être réellement élus ! Finalement, nous emportons les élections en Bretagne et en décomptant nos postes, je m’aperçois qu’on peut dégager une majorité. Et en faisant le tour des profils avec les copains, ma candidature pour la présidence se profile !

Président sans avoir être élu auparavant donne un regard neuf sur l’outil URPS (URML à l’époque). Avec une vision plus politique, et pas seulement technique, sur les missions : une volonté de retour sur investissement pour les médecins libéraux qui «cotisent de force» pour une institution peu visible.

Il est important d’avoir une équipe performante d’employés de l’Union, pour bien préparer les dossiers, d’autant plus que votre exercice est a 250 km de la « capitale ». Nous avions la chance d’avoir comme directeur d’Union un médecin de santé publique. C’est plus difficile avec un autre profil qui ne connaît pas nos parcours professionnels et qui a une vision plus administrative que médicale.

Compte tenu de l’éloignement des élus, les réunions de bureau ou de commission se passaient en journée. Les moyens de l’Union permettent un dédommagement correct. On ne s’enrichit pas, mais on ne perd pas trop de plumes.

Autre impératif : il faut ouvrir les commissions à tous, même aux élus « d’opposition ». Toutes les bonnes volontés sont bienvenues et les échanges sont enrichis car non dogmatiques. Souvent, on s’aperçoit que les différences portent plus sur des détails que sur le fond des sujets.

Enfin, il y a toujours un risque d’épuisement des élus et faut éviter de se retrouver seul à conduire les travaux. Le travail doit être un travail d’équipe et le président juste le chef d’orchestre .

Aux élections suivantes, j’ai connu l’opposition – c’est moins drôle – puis de nouveau la majorité comme simple élu. Il faut savoir « descendre de charge » !

Bref, c’est une belle aventure médicale, institutionnelle et humaine !

Eric CHEVALLIER – élu URPS

Etre élu URPS permet de constituer un réseau et d’être informé de ce qui se passe ou de ce qui ne se passe pas en échangeant avec les autres spécialistes. Cela permet de rencontrer des gens intéressants, de confronter les points de vue, des stratégies, etc. Mieux vaut aussi être présent pour représenter sa spécialité et éviter que des décisions soient prises pour vous sans le savoir à temps.