Docteur Thierry BOUR
Président du SNOF

                                                                        Strasbourg, le  20 avril  2020

                                                           à  Monsieur Edouard PHILIPPE
Premier Ministre
57 rue de Varenne 75007 Paris

Monsieur Olivier VERAN
Ministre des Solidarités et de la Santé
14 avenue Duquesne 75007 Paris

Copie à :
M. Nicolas REVEL, Directeur général de la CNAM
Maurice RONAT, Président de l’UNOCAM

Monsieur le Premier Ministre,
Monsieur le Ministre des Solidarités et de la Santé,

L’épidémie de Covid-19 est en train de toucher de plein fouet la population française, laquelle paie un lourd tribu avec déjà 20 000 morts. Cependant, la période de confinement des six dernières semaines a permis de sauver la vie de dizaines de milliers de nos compatriotes, et nous pouvons nous en féliciter. La transformation rapide et radicale du fonctionnement du système de santé a permis cet exploit, mais vous savez que rien n’est définitivement gagné et qu’il va falloir le faire redémarrer sur un mode plus normal, sans pour autant retourner rapidement à l’état antérieur, vu la persistance à bas bruit de l’épidémie et les précautions à prendre.

Parmi les soignants, les médecins ophtalmologistes ont été particulièrement impactés, l’ajournement de leur activité n’apparaissant pas de prime abord comme faisant courir un risque vital aux patients. Ils ont, en conséquence, déprogrammé et reporté les consultations non urgentes, ainsi que la totalité de leur activité chirurgicale réglée (comme la cataracte par exemple) dans les établissements de santé publics ou privés, comme cela leur était demandé.

La majorité des cabinets d’ophtalmologie sont cependant restés ouverts pour accueillir les cas urgents le nécessitant, malgré les difficultés multiples pour se procurer les indispensables moyens de protection. Il a fallu aussi gérer les importants volumes  de consultations et examens à différer. Nous avons pu constater au fil du temps (cf. compte-rendu de l’enquête en PJ) qu’une partie très importante de nos patients chroniques nécessitant un suivi n’osait plus consulter en présentiel dans nos cabinets, de peur de contracter le SARS-CoV-2 et ceci malgré toutes les mesures prises pour les sécuriser. Les vraies urgences avec baisse de vision brutale et les décollements de rétine (par ex.) ont quasiment disparu. Ceci est bien sûr inquiétant, comme vous l’avez mentionné dans vos interventions et nécessite un redémarrage rapide et raisonné de l’activité dans la période de post-confinement qui se profile.

La chute de l’activité dans notre spécialité, bien qu’attendue, est extrêmement importante, de l’ordre de 95% ! La perte en honoraires conventionnels dans nos cabinets libéraux est du même ordre. Cette activité non réalisée est à l’inverse paradoxalement source d’économie pour la CNAM en cette période troublée. En dépit des aides financières allouées de manière générale aux entreprises françaises, les cabinets d’ophtalmologie souffrent d’une situation financière très délicate.  En corollaire, les patients subissent une baisse importante de la qualité de prise en charge de leurs problèmes visuels.

Nos entreprises libérales sont en danger. Si les perspectives à venir apparaissent peu encourageantes, certains cabinets vont devoir licencier du personnel, d’autres vont fermer pour cause économique et aussi par départ « anticipé » en retraite. Et vous savez que la reprise de l’activité médicale de ville ne va pas être simple, elle va être progressive et partielle avec les mesures barrières et la longue persistance de l’épidémie dans l’attente d’un vaccin.

Il est cependant indispensable que notre pays retrouve un système de santé performant pour limiter les conséquences médicales et économiques de cette gigantesque crise sanitaire sans précédent. La santé contribue pour près de 10% au PIB de la Nation et fait sans doute encore gagner quelques points supplémentaires par le maintien d’un bon état de santé de la population, ce qui lui permet de travailler, de limiter l’absentéisme et de consommer. La situation actuelle nous montre que tout ceci est fragile. La croissance de la malvoyance, voire de la cécité, serait dramatique pour la population et pour l’économie.

Un investissement massif dans la santé est nécessaire à tous les niveaux (recherche, soins) pour se donner les meilleurs atouts afin de raccourcir la crise et permettre à la population de se maintenir en bonne santé. L’économie perd actuellement plus de 10 milliards d’euros par semaine ! La médecine libérale 1 milliard par mois, lequel se transforme essentiellement en réduction de coûts pour la CNAM et l’UNOCAM. Les ophtalmologistes, et les médecins spécialistes libéraux en général, sont pleinement conscients de l’engagement nécessaire pour redresser au plus vite le système de santé, notamment pour les soins spécialisés.

Nous souhaitons une équité de reconnaissance et de traitement entre les secteurs privé et public. Nous demandons, à l’instar des établissements de santé du secteur privé, la garantie du maintien du chiffre d’affaires, par la CNAM et l’UNOCAM, pour les cabinets d’ophtalmologie par l’intermédiaire d’une compensation mensuelle à hauteur du douzième du chiffre d’affaires 2019 (ou la moyenne des 3 dernières années), pendant la durée de la crise Covid-19. Ceci afin de poursuivre notre mission de soin dans des conditions satisfaisantes, pour les patients comme pour nous-mêmes. Bien entendu, une régularisation en fin de la période d’exercice 2020 s’imposera afin de tenir compte de l’activité annuelle réelle. Nous vous demandons également une exonération totale des charges sociales des médecins ophtalmologistes, tous secteurs confondus, pendant cette même période. Il faut aussi tenir compte de la situation particulièrement délicate de nos jeunes confrères récemment installés qui n’ont pas encore une année d’activité de référence.

Il en va ainsi du sauvetage du système de santé français dans le cadre de cette  crise exceptionnelle et sans précédent.
Les ophtalmologistes se sont lancés depuis des années dans une transformation profonde de leur mode de travail en y intégrant des équipes de soins (orthoptistes, infirmiers…), du personnel administratif et des délégations de tâches. Il serait catastrophique que cela soit détruit, ce serait un retour en arrière.

Le SNOF, connaissant l’attachement que vous portez au maintien d’une offre de soins homogène et efficace pour tous nos concitoyens, se tient bien évidemment à votre entière disposition pour toute précision complémentaire adéquate.

Je vous prie de croire, Monsieur le Premier Ministre, Monsieur le Ministre des Solidarités et de la Santé, en l’expression de notre plus haute considération.

Dr Thierry BOUR
Président

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