Julien CABATON, anesthésiste

Nous entamons une série de portraits d’anesthésistes-réanimateurs investis dans le syndicalisme médical. Nous démarrons cette série par le plus jeune membre élu au conseil d’administration du SNARF : Le Dr Julien CABATON, anesthésiste-réanimateur de 38 ans, exerce en libéral à l’Hôpital Privé Jean Mermoz à Lyon (69). Installé depuis 2014, après avoir exercé au CHU de Lyon, il a été président de l’ISNCCA (Syndicat national des chefs de clinique), avant de s’investir au SNARF dès son installation.

Pourquoi avoir choisi l’exercice libéral ?

Car nous avons une indépendance dans notre exercice qu’on ne trouve plus de nos jours à hôpital public. Le métier d’anesthésiste-réanimateur reste certes le même, mais l’exercice libéral m’a permis d’exercer d’une façon qui me convenait plus : pouvoir décider soi-même de ses pratiques afin de proposer aux patients la médecine la plus qualitative possible, pouvoir choisir ses collaborateurs (associés, infirmiers-anesthésistes, secrétaires…) et décider avec eux de notre organisation de travail, mais aussi avoir des activités de recherche clinique et de publication scientifique, afin de valoriser les pratiques des équipes libérales. Il est tout à fait possible d’être libéral et de faire de la science !

Qu’est-ce qui explique votre engagement aux côtés du SNARF ?

J’ai toujours été très investi dans le milieu syndical médical depuis mon internat, que ce soit au niveau local mais aussi national. J’ai eu ainsi l’opportunité de participer et d’organiser des mouvements syndicaux contestant l’Avenant 8 de la Convention Médicale ou la première Loi de Santé de 2015… Mon engagement au SNARF est pour moi la meilleure façon, après avoir cotoyé de nombreux syndicats lors de ma présidence de l’ISNCCA, de défendre au mieux les intérêts de l’anesthésie-réanimation libérale française, mais aussi de représenter les intérêts de plus jeunes générations dans l’exercice de notre spécialité.

Parallèlement à cet engagement syndical, je suis aussi investi dans différentes sociétés savantes (SFAR, ESRA), car il est primordial pour moi que des médecins libéraux aient aussi une activité scientifique, afin de mettre en valeur notre exercice.

Pourquoi « Avenir Spé » ?

De nombreux acquis ont été obtenus par mes « aînés » syndicalistes libéraux, mais ces acquis sont hélas fragiles et il faut souvent se battre pour ne pas les perdre ! Je souhaite bien entendu oeuvrer à les préserver, par la présence dans les différentes instances du SNARF.

Pour cela, il me semble plus utile de mettre en commun notre défense avec d’autres spécialistes, avec lesquels nous avons de nombreux points communs, entre autres les praticiens des plateaux techniques lourds. Il n’y a jamais eu de « vrai » syndicat de spécialistes libéraux et la naissance d’Avenir Spé est, selon moi, un vrai tournant dans le paysage syndical médical. J’espère pouvoir aider à ce changement dans le futur.

Thibault PASQUET
MPR, collaborateur libéral

Pourquoi avoir choisi l’exercice libéral ?

J’ai découvert l’exercice libéral pendant mon assistanat en effectuant régulièrement des remplacements. Cette première expérience m’a donné l’envie de débuter il y a quelques mois un exercice mixte salarié/libéral avec la mise en place d’une collaboration. Je découvre donc une nouvelle façon de soigner les patients qui me correspond mieux avec une indépendance dans mes pratiques. La collaboration permet un accompagnement dans ce début d’installation notamment sur le plan administratif que j’apprécie.

Comment donner l’envie aux jeunes générations de s’intéresser à la médecine libérale ?

Pour beaucoup de jeunes médecins l’installation en libérale est vécue comme un saut dans l’inconnu. La peur des lourdeurs administratives et des enjeux financiers peuvent être des freins majeurs. L’engagement des plus jeunes libéraux dans la promotion de ce mode d’exercice doit pouvoir rassurer les jeunes internes et leurs donner envie de découvrir le libéral. Il faut que les stages en libéral se multiplient et que les libéraux puissent plus facilement participer à la formation des jeunes en leurs faisant découvrir une pratique différente de celle du milieu hospitalier.

Pourquoi s’engager dans Avenir Spé ?

Un syndicat commun va permettre d’unir nos revendications et d’avoir un poids significatif dans les différentes instances afin de défendre la médecine libérale. Dans un système de santé où un virage ambulatoire est en cours, des spécialités comme la MPR avec un mode d’exercice principalement salarié vont devoir s’adapter. Il est donc important de s’engager pour que les évolutions futures prennent en compte les spécificités de toutes spécialités.

Frédéric Le Guillou, pneumologue libéral

Avenir Spé, pour que les spécialistes de proximité aient enfin voix au chapitre dans l’organisation des soins

J’ai suivi, depuis le départ, la création du syndicat Avenir Spé. Si j’ai décidé d’adhérer à cette initiative, c’est parce que depuis trente ans, dans les conventions médicales, les syndicats polycatégoriels (regroupant généralistes et spécialistes) ont négocié avec l’Assurance maladie en laissant, à mon sens, les médecins spécialistes de proximité en dehors de la réflexion sur l’organisation des soins.

La représentation professionnelle doit évoluer. Il est devenu urgent de reprendre la parole.

Le système de santé français repose sur deux piliers, l’un hospitalier, l’autre libéral. Or, ce dernier regroupe l’ensemble des médecins de proximité – généralistes et spécialistes – qui pèsent un poids équivalent, soit environ 60 000 praticiens. Les spécialistes libéraux, pourtant aussi nombreux que les médecins généralistes, et dont le rôle est majeur dans la prise en charge, n’ont été que peu représentés. Défendre « en silos » les intérêts des différentes catégories de médecins n’est plus ni viable, ni constructif.

Cette nouvelle structure syndicale Avenir Spé réunit les spécialistes de toutes les disciplines, quelle que soit leur obédience syndicale, actuelle ou antérieure. Je me reconnais dans le credo d’Avenir Spé : la défense du médecin spécialiste avec ses compétences propres, essentielles dans l’organisation des soins, de manière innovante et constructive. Nous avons notamment la volonté, en tant que spécialistes de proximité, d’intégrer des équipes de soins spécialisées avec la possibilité ultérieure de nous connecter à des Communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS).

Interlocuteur incontournable dans les négociations, Avenir Spé se place de manière concrète dans la structuration des soins comme le prévoit la stratégie gouvernementale « Ma santé 2022 » et son volet « Amélioration de la qualité et de la pertinence des soins ». Cette vision rejoint mes convictions, et je peux apporter éventuellement mes compétences et ma vision.

Je souhaite qu’Avenir Spé soit un syndicat innovant dans l’organisation des soins avec et par la médecine libérale, pour défendre prioritairement l’accès aux soins pour les patients

En tant que spécialistes libéraux, nous devons nous faire entendre et nous organiser pour garantir l’accès aux soins, alors même que l’écosystème de santé vit des bouleversements inédits liés aux progrès scientifiques, technologiques, démographiques et sociétaux. Face à l’accroissement des besoins de santé, et les nécessaires virages ambulatoire et numérique, il n’est pas normal qu’aujourd’hui l’accès à l’hôpital se fasse par défaut. Non seulement ça n’est pas sa mission, mais cela le fragilise.

Notre crédibilité auprès des pouvoirs publics passe par l’organisation de nos forces vives et l’expression de nos convictions pour peser dans le débat sur l’accès aux soins et la santé pour nos concitoyens. Nous devons nous tourner vers l’avenir, les populations, les territoires. La vision traditionnelle de la santé (ville versus hôpital et public versus privé) entrave la coordination et la fluidité du parcours de soins dans la maladie chronique (90% des plus de 75 ans souffrent d’au moins deux maladies chroniques). La prise en compte de nos idées et revendications, dans la conception et la mise en œuvre des réformes structurelles, doit être portée par un syndicat rassemblant l’ensemble des spécialistes libéraux.