L’innovation

Les 22 et 23 novembre, plus d’une centaine de personnes ont participé à la 3e édition des Etats généraux de la médecine spécialisée, à la Maison de la Chimie, à Paris. Un événement placé sous le signe de l’innovation en santé, que les médecins spécialistes doivent s’approprier pour construire leur avenir dans le système de soins.

Traditionnellement centrée sur les nouveaux médicaments et le progrès des technologies médicales, l’innovation en santé est, aujourd’hui, profondément bousculée par l’irruption des technologies numériques et digitales. Parce qu’elles permettent de générer des données de façon massive, ces technologies donnent corps à une nouvelle discipline : le Data Mining, ou la possibilité d’interpréter et d’exploiter ces données au profit de nouveaux modes de prise en charge des patients.

Les experts parlent désormais de “médecine des 6P” : aux “4P” déjà connus (pour personnalisée, préventive, prédictive, participative) s’ajoutent les P de « la médecine par la Preuve » et de « la médecine des Parcours et de la Pluralité ». Disruptive, donc, la révolution numérique va accélérer
tous les champs d’intervention de la science et de la médecine, de la recherche fondamentale jusqu’à l’accompagnement des malades en fin de vie. Outre ces perspectives formidables offertes par le numérique, les industriels de la santé sont engagés dans des voies thérapeutiques prometteuses, comme l’illustre l’avènement de l’immunothérapie
dans la lutte contre les cancers.

Fédérons-nous !

« Cette 3e édition des Etats généraux de la médecine spécialisée l’a brillamment démontré : l’écosystème de la santé se transforme à vitesse accélérée. Sous l’impulsion des multiples formes du progrès scientifique et technologique, nos exercices vont être profondément bouleversés.

Avec, à la clé, des questions fondamentales auxquelles nous devrons répondre. Le rôle d’expert du spécialiste sera-t-il reconnu et valorisé ? Faut-il partager nos compétences, avec qui et selon quelles modalités ? Pouvons-nous envisager plus longtemps d’exercer seuls ? Serons-nous demain les simples supplétifs d’une Intelligence artificielle décisionnaire ?

En réalité, il n’y a pas de fatalité : l’innovation sera ce que nous décidons d’en faire ! C’est pourquoi nous, spécialistes, devons-nous unir et nous ouvrir largement aux nouvelles solutions. Nous devons les comprendre, les expérimenter et les adapter pour qu’elles s’intègrent à nos pratiques professionnelles. Nous devons changer nos organisations, investir pour offrir le meilleur à nos patients, accepter de nouvelles règles du jeu sur la transparence de nos prestations et de nos résultats.

Nous devons, enfin, modifier nos modalités de représentation professionnelle. Il n’est plus possible de défendre «en silo» les différentes catégories de médecins. Nos syndicats doivent également s’orienter vers le service aux adhérents, afin de les aider concrètement à réussir la mutation ».

Les spécialistes “challengés” par l’innovation

Aujourd’hui, l’innovation en santé est multiforme. L’un des principaux défis reste d’associer au mieux ces disciplines, sur un mode transversal et avec l’objectif de transformer les modes d’organisation de la délivrance des soins et du suivi au long cours des patients chroniques. Comment, en effet, produire de l’efficience au bénéfice du plus grand nombre ? Quels modèles économiques réinventer pour que ces innovations soient financièrement supportables ? Surtout, comment accompagner les inévitables mutations qui vont redessiner les habilitations, les compétences et les rémunérations des différentes catégories de professionnels de santé ?

Un mouvement qui va notamment toucher de plein fouet la place des spécialistes. Si leur expertise sera plus que jamais sollicitée, à l’heure où il faudra bien interpréter les données pour chaque patient, il leur appartient de s’impliquer dans le développement de solutions innovantes. A défaut de s’y intéresser, ils pourraient perdre la maîtrise d’outils essentiels pour l’amélioration de leurs pratiques  professionnelles.

Pour télécharger la version PDF
des 3èmes Etats Généraux
de la médecine spécialisée,
cliquez ici !

Depuis 2017,

à l’initiative du Dr Patrick GASSER, l’UMESPE a organisé chaque année une journée intersyndicale consacrée à l’innovation en médecine. Ces Etats généraux de la médecine spécialisée ont permis de rassembler de grands noms de l’univers de la santé, aussi bien médecins que chercheurs, experts en économie de la santé, responsables d’entreprises innovantes, philosophes, représentants des Pouvoirs Publics et des assurances complémentaires…

Ce grand débat d’idées a toujours été enrichissant et constructif. Des points de vue contradictoires ont pu être échangés, mais sans polémique stérile.

Cette initiative se poursuivra sous l’égide d’AVENIR SPE !

Luc Ferry, philosophe


« La 3ème révolution industrielle »

« Nous vivons actuellement la 3e révolution industrielle, expliquait le philosophe Luc Ferry, en introduction des 3e Etats généraux de la médecine spécialisée. La robotique, le numérique et l’intelligence artificielle se conjuguent pour générer trois changements majeurs dans nos sociétés ». Première retombée, l’économie dite “collaborative” introduit de nouveaux acteurs qui, à l’instar de Airbnb, bouleversent le secteur de l’hôtellerie et du logement. Seconde conséquence, la révolution de la mobilité se profile, avec l’avènement prochain du transport autonome. « Ces évolutions s’accélèrent, sous l’action des fameux “GA FAMI” et des “BATX” chinois. Les géants américains du numérique affichent déjà un chiffre d’affaires cumulé de 2300 milliards de dollars, soit plus que le PIB de la France ».
Troisième bouleversement, le champ de la santé est, pour sa part, bousculé par les promesses de la biotechnologie. Issus du vivant, ces nouveaux traitements génèrent des espoirs majeurs pour vaincre certaines maladies incurables, bâtir des protocoles de soins personnalisés en fonction du profil génétique de chaque patient, prévenir à long terme les risques de maladies et maintenir l’état de santé des patients grâce au suivi digitalisé.