Lettre Avenir Spé n°19 – janvier 2021

Le « parcours de soins » ne doit pas être qu’une obligation administrative instaurant un passage obligatoire par le médecin traitant. Pensé à une époque de relative pléthore médical, le dispositif devient absurde à un moment où beaucoup de patients ne trouvent plus de médecins traitants et ne savent plus à qui s’adresser.

C’est aux spécialités de dire qui peut venir à elles en accès direct et de s’organiser en conséquence, en particulier pour la prise en charge des urgences. Au lieu d’encombrer les salles d’attente des médecins généralistes et les services d’urgence, un bon fléchage vers des spécialistes structurés permettra d’accélérer les diagnostics et la mise en œuvre de traitements complets et pertinents.

L’adressage par le médecin traitant a du sens s’il est enrichi d’un contenu préparant la consultation spécialisée. Ce doit être plus qu’un simple aiguillage vers le spécialiste adéquat. Il faut réfléchir aux outils permettant de préparer au mieux la consultation spécialisée. Trop de temps est souvent perdu pour reconstituer l’historique de l’affection, préciser les antécédents, récupérer les examens complémentaires… avant d’entrer dans le vif du sujet.

Inversement, le médecin spécialiste se doit de tenir informés le patient, le médecin traitant et tous ses autres correspondants de sa démarche diagnostique, de ses conclusions et de la stratégie thérapeutique qu’il propose de mettre en place. Ce rapport diagnostic et thérapeutique doit être considéré comme l’authentique critère de cotation d’une APC ou d’une consultation complexe, et non pas des conditions s’appliquant a priori ou a postériori comme c’est le cas actuellement.

Le médecin traitant a sa place dans toute prise en charge, qu’elle se fasse à proximité ou bien sur un plateau technique ou encore un réseau spécialisé. Beaucoup de patients ont besoin de réentendre les explications et les consignes, répétés à « tête reposée » par un médecin qui leur est familier et qui peut les guider dans un environnement qu’il connait bien.

Mais les médecins spécialistes ont également besoin de pouvoir suivre de près certains patients dont l’évolution est incertaine. Il est stupide de continuer de les pénaliser, ainsi que leurs patients, pour ce suivi aussi nécessaire qu’utile.

Tout ceci doit donner corps à une authentique coordination médecin traitant – spécialiste expert, conditionnée par une véritable plus-value médicale et non sur des contraintes réglementaires et financières arbitraires.

 Dr Patrick GASSER
Président d’AVENIR SPE