Une majorité de spécialités dans le rouge ou à la baisse !

I. Introduction

La CARMF a publié les revenus BNC des médecins libéraux en 2019 et leur évolution par rapport à l’année précédente. Nous nous sommes attachés à mettre en exergue les retards en valeur absolue de certaines spécialités par rapport aux moyennes de référence, ainsi que les évolutions à la baisse. Le tableau qui fonde nos commentaires figure au bas de cet article.

Il faut remarquer que ce document ne fait état que des revenus BNC. Les revenus des médecins exerçant en société n’entrent pas dans cette analyse qui méritera d’être complétée par d’autres sources de données.

Pour la chirurgie, la CARMF ne détaille pas les différentes spécialités. Il faudra faire appel à d’autres sources.

II. Les médecins généralistes

  • Leur effectif était de 59 667, dont 95% en Secteur 1.
  • Leur BNC moyen était de 77 761 € en Secteur 1 et de seulement 70 764 € en Secteur 2.
  • Leur BNC a progressé de 2,56% en S1 et seulement de 0,71% en S2, soit une moyenne de 2,51%

III. Effectif et secteur d’exercice des médecins spécialistes

Leur effectif était de 44 956 dont 55% en Secteur 1, mais avec de grandes disparités entre spécialités :

  • 10 spécialités sur 28 étaient à plus de 70 % en Secteur 1: l’anapath (81%), la cancérologie (80%, la gériatrie (75%), la médecine d’urgence (100%), la médecine nucléaire (93%), la médecine vasculaire (75%), la néphrologie (95%), la cardiologie (77%), la pneumologie (77%), la radiologie (83%).
  • 10 spécialités sur 28 étaient entre 50 et 69% en Secteur 1 : l’anesthésie-réanimation (51%), la dermatologie (60%), la gastro-entérologie (58%), la gynécologie médicale (60%), l’hématologie (65%), la médecine physique et de réadaptation (60%), la neurologie (62%), la pédiatrie (59%), la psychiatrie (61%), la stomatologie (67%)
  • 8 spécialités sur 28 étaient à plus de 50% en Secteur 2 : la chirurgie (79%, sans précision typologique), l’endocrinologie (61%), la « gynécologie médicale et obstétrique » (58%), la gynéco-obstétrique (58%, alors que la gynéco purement médicale n‘était qu’à 40% S2), la médecine interne (60%), l’ophtalmologie (54%), l’ORL (64%), la rhumatologie (52%).

Commentaire : le choix du secteur 2 peut être difficile ou impossible dans certaines spécialités pour des raisons structurelles. Mais dans un certain nombre d’autres, le prochain départ à la retraite des médecins S1 en fin de carrière et l’installation de jeunes qui optent souvent pour le S2 devrait faire évoluer assez rapidement ces proportions.

IV. BNC moyen des spécialités

Le BNC moyen des spécialistes était de 105 090 € en Secteur 1 et de 123 80 € en Secteur 2.

  • Le BNC était généralement supérieur en S2
  • Mais il existait des exceptions, avec un résultat meilleur en S1: allergologie, anatomo-pathologie, cancérologie, gériatrie, médecine vasculaire, néphrologie, neurologie (de très peu), cardiologie, pneumologie et psychiatrie.

Ces moyennes masquaient de fortes différences entre les spécialités. Nous nous sommes surtout intéressés aux moins bien placées :

  • 11 spécialités sur 28 ont eu un BNC inférieur au résultat moyen des généralistes S1 (77 761 €): l’allergologie, l’endocrinologie, la gériatrie, la gynécologie médicale, la gynéco médicale et obstétrique S1, la médecine d’urgence (seulement 15 déclarants), la médecine interne, la médecine physique et de réadaptation S1, la néphrologie S2 (seulement 22 déclarants), la pédiatrie, la rhumatologie S1.
  • 9 spécialités sur 28 ont eu un BNC égal ou supérieur à celui des généralistes mais inférieur au BNC moyen des spécialistes de Secteur 1: dermatologie, gynéco médicale et obstétrique S2, gynécologie obstétrique S1, hématologie S1, médecine physique et de réadaptation S2, médecine vasculaire S2, neurologie, (proche de la moyenne spé), pneumologie S2, rhumatologie S2.
  • Au total, 20/28 spécialités ont eu un BNC inférieur à la moyenne des spécialistes.

V. Evolution 2018-2019 des BNC des spécialistes

A l’opposé des médecins généralistes, le BNC des spécialistes a baissé de 1,68% en Secteur 1 et de 2,63% en Secteur 2, soit une baisse d’ensemble de 2,05%. Cela faisait un différentiel d’évolution de 4,56% entre généralistes et spécialistes sur un an.

La médecine d’urgence ne disposait pas d’évolution car nouvellement introduite.

  • 19 spécialités sur 27 ont réduit leur BNC en S1
  • 19 spécialités sur 27 ont réduit leur BNC en S2
  • 4 spécialités ont baissé en S1 mais ont augmenté en S2 : gynécologie médicale et obstétrique (les autres types de gynéco ont baissé dans les 2 secteurs), hématologie, médecine nucléaire, rhumatologie.
  • 4 spécialités ont augmenté en S1 et baissé en S2 : médecine physique et de réadaptation, cardiologie, pneumologie, stomatologie.

VI. Commentaires

Au bas de l’échelle des BNC on a retrouvé les spécialités cliniques qui ne disposaient pas d’acte technique rémunérateur ni de lettre-clé spécifique. Ce sont les mêmes spécialités que lors de notre étude de 2015.

Le Secteur 2 permet souvent un certain rattrapage, mais pas toujours.

L’évolution négative de la moyenne des BNC sur l’ensemble et dans une majorité de spécialités, y compris parmi les plus mal loties, confirme le caractère inapproprié de la Convention de 2016 et l’urgence de mesures rapides de correction.

Il est absurde que dans une période de raréfaction des compétences médicales spécialisées, alors que la demande augmente, des mesures sérieuses ne soient pas prises pour accroitre l’attractivité de l’exercice libéral pour les jeunes médecins spécialistes, particulièrement en ce qui concerne l’exercice clinicien.

BNC2019

Tableau établi à partir des données publiées par la CARMF


Légende du tableau

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