SNOFOphtalmologie : le délai médian a baissé de 38 % en deux ans

Le délai médian pour obtenir un RDV est de 26 jours en 2021, contre 42 jours en 2019*, soit une baisse de 16 jours en 2 ans (-38%)

Une réduction des délais obtenue grâce à une organisation coordonnée de la filière visuelle

(Étude de l’institut CSA pour le SNOF – 2021, analyse par le Dr Joy Raynaud, géographe spécialiste de l’accès aux soins)

Communiqué de presse du 08/10/2021

Le Docteur Thierry Bour, Président du SNOF, dévoile ce matin les résultats de l’édition 2021 de l’étude CSA/SNOF sur les délais de rendez-vous en ophtalmologie*. Cette enquête menée grâce à des appels mystères sur le terrain, mesure les délais selon 2 principaux motifs de consultation pour un nouveau patient : lors d’une consultation périodique et en cas d’apparition de nouveaux symptômes (sans notion d’urgence), via une prise de rendez-vous par téléphone et par internet. Réalisée en septembre 2021, en France métropolitaine, pour la troisième année consécutive par l’institut CSA Research, auprès d’un échantillon représentatif de 2627 médecins ophtalmologistes pour l’enquête téléphonique et de 1978
pages de RDV en ligne nominatives, l’enquête révèle que le délai médian pour obtenir un rendez-vous a diminué de 16 jours passant de 42 à 26 jours par rapport à 2019**.

Depuis 2017, la diminution des délais de rendez-vous en ophtalmologie se confirme, preuve des effets positifs des actions pionnières mises en place par le SNOF pour réorganiser la filière visuelle. Pour poursuivre cette dynamique, le SNOF fait part de plusieurs propositions pour améliorer davantage l’accès aux soins sur l’ensemble du territoire.

Le Dr Thierry Bour déclare : « Oui, une organisation des soins efficace et sans perte de chance pour le patient est possible. C’est une vraie fierté de pouvoir annoncer que pour la troisième année consécutive, les délais de RDV dans les cabinets ophtalmologiques sont en baisse, avec une accélération sur la dernière année. C’est la preuve que les mesures que nous avons initiées depuis plus de dix ans portent leurs fruits et que leurs effets s’amplifient. Avec le développement du travail aidé, l’instauration de protocoles organisationnels et l’essor de la prise de RDV en ligne, la filière visuelle fait figure de pionnière aujourd’hui en France. Si nous continuons dans ce sens, la problématique des délais de RDV sera réglée d’ici deux à trois ans. Mais cela ne sera possible qu’à condition que les pouvoirs publics continuent de soutenir cette dynamique avec des mesures cohérentes et utiles et qu’ils ne la cassent pas avec des mesures contre-productives et confuses. »

Une baisse continue et en accélération des délais de RDV depuis 2019

Le délai médian d’obtention d’un rendez-vous dans le cas d’un contrôle périodique continue de diminuer, passant de 42 à 26 jours au plan national, soit deux semaines de moins par rapport à l’étude SNOF – CSA réalisée en avril-mai 2019. Ce délai médian pour un RDV s’est amélioré chez les ophtalmologistes, grâce notamment au développement du travail aidé.

Que cela soit pour un contrôle périodique (scénario 1) ou en cas de d’apparition de symptômes (scénario 2), le taux d’obtention d’un rendez-vous est plus favorable depuis 2 ans (+5 % de rendez-vous obtenus). En 2021, dans le cas du premier scénario, 52% des RDV sont donnés à moins d’un mois et seulement 3% à plus de 6 mois (contre 13% en 2017). Concernant le deuxième scénario, 50 % des rendez-vous sont obtenus dans un délai de 8 jours. Ainsi, dans le cas du deuxième scénario, nous constatons une baisse de 6 jours par rapport à 2020.

A noter également que l’écart de délai entre les médecins de secteurs 1 et 2 se réduit à 5 jours seulement, au lieu de 24 jours en 2019 (-19 jours).

La réduction des délais est quasi uniforme sur l’ensemble des territoires : 11 régions sur 13 voient leurs Délais s’améliorer par rapport à 2019 dans le cas d’un contrôle périodique : – 97 jours en Bretagne (-77%), -70 jours en Normandie (-52%), -41 jours en Centre-Val de Loire (-51%) et -36 jours Auvergne-Rhône-Alpes (-43%) et les délais diminuent pour 8 régions sur 13 dans le cas du scénario 2 : Centre-Val de Loire (-15 jours), Bourgogne Franche-Comté (-14 jours) et Pays de la Loire (-9 jours). Par internet, le constat est le même. Les délais dans les zones rurales et les unités urbaines continuent de s’améliorer comme nous l’avions découvert l’année dernière (entre 35 et 39 jours de réduction en 2 ans, médiane inférieure à 2 mois). C’est encourageant en vue du
règlement des délais en zones sous-denses. Et pour la première fois, le SNOF dévoile les délais de RDV téléphoniques sur les dix plus grandes villes de France. Ils sont plus courts que ceux de leur région (sauf pour Montpellier) et s’échelonnent entre 11 jours à Paris
et 83 jours à Montpellier. Dans toutes les villes, un RDV est possible le jour même ou dans les 2 jours suivants pour l’ensemble des scénarios (1-2) et internet, sauf Toulouse (18J) et Nantes (9J) pour le scénario 1, Strasbourg (4J) pour internet et Montpellier (7J) pour le scénario 2.

L’essor du dispositif des RDV en ligne combiné à la réorganisation des cabinets en équipe pluridisciplinaire a un impact significatif et durable sur l’efficacité et la rapidité de la prise en charge des patients. Ainsi sur internet, les délais de RDV ont tendance à être plus courts que par téléphone : 23 jours (médiane) en 2021 pour obtenir un RDV, au lieu des 42 jours nécessaires en 2019, soit une baisse de 19 jours en 2 ans (-45%).

Réorganisation de la filière visuelle : 5 ans de progrès

Avec sa campagne #ZeroDélai2022 lancée en 2017, le SNOF avait placé la réduction des délais de rendez-vous en ophtalmologie au cœur de la campagne présidentielle. La mise en place de protocoles organisationnels fondés sur le modèle d’équipe pluridisciplinaire a permis de réduire de plus de la moitié, en quelques années seulement, le délai médian dans le cas d’une prise de rendez-vous par téléphone pour une consultation périodique, lequel passe de 66 jours en 2017 à 28 jours en 2021*** .

Aujourd’hui, le travail aidé se pratique dans toutes les régions : pour la grande majorité d’entre elles, la part des ophtalmologistes libéraux en travail aidé est supérieure à 75 % et les ophtalmologistes travaillent de plus en plus en équipe pluridisciplinaire : orthoptistes, infirmiers, assistants médicaux… Pionnière en la matière, la filière
visuelle fait aujourd’hui figure d’exemple en France et en Europe pour ce mode de travail novateur qui a permis à la fois de réduire les délais d’attente et d’augmenter l’offre de soins, et ce avec un nombre quasi constant d’ophtalmologistes. Aujourd’hui, les perspectives sont prometteuses : avec la baisse des départs en retraite, et l’arrivée de nouveaux diplômés, le nombre d’ophtalmologistes renoue avec la croissance dès 2022 ;
l’augmentation des cabinets secondaires va permettre de consolider l’offre de soins sur tout le territoire.

Le Dr Bour commente : « Au sein de la filière visuelle, nous avons réalisé dès le début des années 2000 un travail unique de collaboration et de coordination qui porte ses fruits, surtout depuis 2017. Cette année encore, les résultats de notre étude annuelle montrent à quel point ces mesures sont efficaces. Les délais de rendez-vous sont loin d’être une fatalité si on se donne les moyens d’agir ! Nous avons fait les ¾ du chemin pour retrouver le « zéro délai », malgré des retards du côté des pouvoirs publics. Nous attendons maintenant que les pouvoirs publics prennent les bonnes décisions et qu’ils ne s’engagent surtout pas dans la voie de la démédicalisation du suivi d’une partie de la population comme cela est actuellement proposé dans l’article 42 du PLFSS 2022. Si nous
soutenons la délégation des tâches, la grande majorité des ophtalmologistes alerte sur la proposition du gouvernement d’élargir les prérogatives des orthoptistes de niveau licence (bac+3) pour réaliser en autonomie et sans contrôle des actes jusqu’à présent réservés aux médecins. Une situation jugée absurde et surtout dangereuse pour les patients, faisant reculer le dépistage et la prise en charge des pathologies oculaires, par près de 90% des ophtalmologistes d’après une enquête du SNOF auprès des ophtalmologistes. L’ophtalmologiste doit rester le garant des soins visuels ! **** »

Pour poursuivre cette dynamique et aller plus loin dans l’objectif d’assurer un accès fluide des patients aux soins oculaires sur l’ensemble des territoires, le SNOF fait part de ses propositions :

  1. Améliorer la démographie des ophtalmologistes, comme cela est conseillé par le rapport IGASIGAESR, pour assurer la couverture territoriale et le renouvellement des générations – alors que la
    France est désormais sous la moyenne européenne.
    a. Au moins 200 postes d’internes par an dans les 10 prochaines années
    b. Développer les stages d’internes en libéral (phases 2 et 3)
    c. Augmenter la densité dans les régions déficitaires (en-dessous de 8 oph/100 000 hab.).
  2. Poursuivre le développement de l’équipe de soins autour de l’ophtalmologiste. Le travail aidé garde un potentiel important de développement et il est le garant du maintien d’un dépistage effectif et de qualité
    des pathologies oculaires, très souvent silencieuses initialement.
  3. Développer des cabinets secondaires pour un meilleur maillage territorial, avec une présence au moins à temps partiel d’ophtalmologistes, en y associant la télémédecine et les orthoptistes (protocoles organisationnels à distance). Mettre en place un zonage en ophtalmologie pour débloquer des aides
    d’installation de nouveaux cabinets en zones sous-dotées
  4. Renforcer la création de plages de rendez-vous à délais courts notamment grâce aux logiciels en ligne et à l’adhésion au service d’accès aux soins
  5. Améliorer le renouvellement des équipements optiques chez l’opticien, sous condition d’un vrai échange d’information en retour, notamment au travers d’outils numériques comme l’e-prescription et la
    messagerie sécurisée.
  6. Etre vigilant et réactif aux dérives consuméristes de certains centres de santé « ophtalmiques » et à l’arrivée d’investisseurs voyant la santé oculaire des patients comme un business prometteur, au détriment de la Santé Publique.