PROJET DE CENTRE DE SANTÉ PUBLIQUE EN NOUVELLE AQUITAINE

ARS Nouvelle Aquitaine

URPS Nouvelle Aquitaine

ARS Nouvelle-Aquitaine

Monsieur Benoit ELLEBOODE
103 Bis rue de Belleville
CS 91704
33063 BORDEAUX cedex

Bordeaux, le 2 novembre 2021

 Objet : Développement de centres publics de santé

Réf : 21_010/BF

Monsieur le Directeur Général,

Je vous communique notre position concernant le développement de « centres publics de santé » en région Nouvelle-Aquitaine, après transmission du cahier des charges à l’ensemble des élus de l’Union et la tenue d’un débat interne.

Nous ne doutons pas de la légalité réglementaire de cette initiative, mais en tant que représentant des médecins libéraux, l’Union est très dubitative sur la pertinence de ce projet, qui interroge sur la politique de santé régionale.

En premier lieu, ce projet met en place un système concurrentiel à l’exercice libéral qui ne peut fonctionner sur la durée que de manière subventionnée. En effet les centres de santé avec des médecins généralistes salariés ne disposent pas d’un modèle économique équilibré sur la base de la seule tarification des actes de consultation. L’équilibre n’est généralement constaté que par l’association d’actes techniques ou surtout par la multiplication des actes issue d’un « découpage » des consultations réalisées par différents acteurs. Ce modèle économique de segmentation connaît un essor regrettable, notamment porté par des organisations lucratives que l’on voit émerger, tel Office Santé, dont le modèle est centré sur les bénéfices des investisseurs, imposant aux médecins des consultations au rabais (quelques minutes par patients) avec une volumétrie d’au moins 40 patients par jour, prime de rendement si dépassement des objectifs, tri de la patientèle… Bref, rien qui ne favorise l’implantation médicale dans la durée et l’intérêt des patients. Le modèle des centres de santé est loin de l’efficience de la pratique libérale. Cependant, si la boite de pandore est ouverte par le cautionnement d’un tel modèle, nous ne manquerons pas d’en informer les médecins libéraux pour qu’ils adaptent leur pratique à ce nouveau paradigme.

Par ailleurs, ce projet vient en contradiction avec les actions que vous engagez pour favoriser la constitution des CPTS, auxquelles l’ARS, avec un double langage, vient opposer la concurrence de centres publics de santé qui ne sont pas soumis aux mêmes règles et exigences. Cette démarche vient également se confronter à la labellisation des hôpitaux de proximité qui eux capitalisent sur une attractivité d’installation libérale. Ces centres de santé, installés par des établissements, ne répondront pas à la désertification médicale et risquent même de l’aggraver en ne favorisant pas le renouvellement de l’offre médicale libérale dans les zones fragilisées.

Enfin la volonté d’installer des centres de santé est basée sur le postulat d’une attractivité du salariat pour les jeunes médecins. Or, les retours que nous font remonter les maitres de stage sur les intentions des internes de médecine générale sont bien différents. Certes, certains, par confort des horaires, par la stabilité de la rémunération, l’absence de gestion, la protection sociale, peuvent choisir un poste salarié pour le début de leur carrière, plus conciliable avec une vie personnelle et des enfants en bas âge, mais la plupart ont pour objectif de passer à un exercice libéral installé ou de remplacement qui donne plus de mobilité professionnelle.

Si malgré ces réserves vous persistiez dans la création de ces centres publics de santé, nous vous demandons que leur validation soit soumise à une étude socio-économique d’un réel besoin d’augmenter l’offre de soins, puis à une présentation en CSOS avec accord préalable des médecins libéraux du territoire, ou au mieux des CPTS concernées, ce qui justifiera encore plus la nécessité de leur création.

Je vous prie de croire, Monsieur le Directeur Général, en l’assurance de ma confraternelle considération.

Dr Benoit FEGER
Président