AMSTERDAM, SAINT-DENIS (Seine-Saint-Denis), 20 mars 2020
(APMnews)

L’Agence européenne du médicament (EMA) et l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) ont séparément publié vendredi des guides à destination des promoteurs d’essais cliniques pour détailler les conditions dans lesquelles peut se dérouler une étude en cette période de pandémie de Covid-19.

Avec la restriction des déplacements, le pic d’activité dans les hôpitaux et les diRcultés de disponibilité du personnel, de « nombreuses contraintes » pèsent sur les promoteurs d’études cliniques, observe l’EMA, qui souligne aussi que « certains participants aux études doivent s’isoler, ce qui crée des difficultés pour les investigateurs pour maintenir une supervision médicale ». Ces éléments « pourraient avoir un impact sur la conduite des essais, notamment sur les processus d’évaluations, les visites médicales et l’approvisionnement en médicaments expérimentaux », prévoit-elle.

Dans ce contexte, « la possibilité de démarrer un nouvel essai clinique ou d’inclure de nouveaux participants doit être évaluée de manière critique par les sponsors », indique-t-elle. « Nous demandons aux promoteurs de réévaluer la pertinence de l’initiation ou de la poursuite d’un essai clinique, et le cas échéant,
d’en adapter les modalités de mise en place », écrit aussi l’ANSM dans un guide élaboré avec la direction générale de santé (DGS) et la direction générale de l’offre des soins (DGOS).

Dans le cas des essais cliniques en cours, « les actions doivent être proportionnées et fondées sur des considérations avantages/risques et les mesures d’urgence prises au niveau national et local en prenant en compte l’impact sur la santé et la sécurité du participant à un essai », indique l’EMA. Les « exigences de protection des données » des
patients inclus dans un essai sont également à prendre en compte, notamment si des visites médicales virtuelles sont organisées.

Parmi les modifications du protocole qu’un promoteur peut envisager, l’agence européenne cite notamment la réalisation de visites médicales par téléphone ou en vidéo, ou bien l’annulation ou le report de certaines visites. Des arrêts temporaires de l’essai sur certains sites peuvent également être décidés, tout comme la suspension ou le ralentissement des recrutements, l’extension de la durée de l’essai, la fermeture de sites ou le transfert de participants vers des sites d’investigation située en dehors des zones à risque.  »

L’ouverture de nouveaux sites n’est en général pas recommandée dans ce type de situation sauf si aucune autre solution n’est possible », prévient l’agence sanitaire. Il est également envisageable de réaliser certains examens de suivi dans les laboratoires de ville. Pour l’agence française, « il convient d’évaluer les risques associés d’une part à une interruption des traitements, et d’autre part à leur poursuite dans ce contexte où les équipes des lieux de recherche seront fortement sollicitées ». « La priorité doit être donnée aux patients présentant des pathologies évolutives menaçant le pronostic vital », estime-t-elle.

Concernant les visites, l’ANSM fait savoir que « la non-réalisation d’une visite protocolaire ne sera pas considérée comme un motif de sortie d’étude et, au-delà de la nécessaire documentation, ne sera pas considérée comme une déviation majeure devant être notifiée à l’ANSM », selon les bonnes pratiques cliniques (BPC).

Une réévaluation permanente des risques demandée. En matière d’évaluation des risques, « la sécurité du participant est la priorité » et « prévaut toujours », rappellent les deux agences. « Les risques d’une inclusion dans l’essai, en particulier avec les enjeux liés au Covid-19, doivent être comparés aux bénéfices anticipés pour le participant et la société », écrit l’EMA. L’investigateur doit réévaluer ces risques à mesure que la situation évolue et l’ensemble de ces examens doivent être « documentés ». L’ANSM précise elle aussi que l’évaluation « doit être tenue à la disposition des autorités ». Les autorités compétentes et les comités d’éthique doivent être informés de tout changement au protocole.  »

Quand un nouvel événement est susceptible d’avoir un grave effet sur la balance bénéfice/risque de l’essai, il est possible que le promoteur ou l’investigateur prenne des actions immédiates pour protéger les sujets » et, dans ce cas, ces mesures peuvent être menées « sans notification préalable » mais les informations doivent être
communiquées ex post et le plus rapidement possible à l’autorité compétence nationale et au comité d’éthique, a expliqué l’EMA.

« Nous avons conscience que la situation liée au Covid-19 est susceptible d’entraîner plus d’écarts au protocole qu’en temps normal. Nous attendons du promoteur qu’il intensifie et gère ces écarts conformément aux procédures standard. Les inspecteurs des BPC adopteront une approche proportionnée lorsque ces écarts seront observés, en particulier si l’intérêt supérieur du participant est maintenu », a expliqué l’EMA. « Une augmentation des écarts de protocole en lien avec la situation Covid-19 ne déclenchera pas en soi
les actions habituellement requises par les bonnes pratiques cliniques », a-t-elle promis. Ces écarts devront cependant « être évalués et mentionnés dans le rapport d’étude clinique ».

« Il convient particulièrement d’insister sur l’importance d’une traçabilité optimale des éventuelles déviations au protocole induites par le contexte épidémique et des adaptations mises en place », abonde l’ANSM.

Les deux agences rappellent enfin que la priorité est donnée aux essais dans Covid-19. « L’ANSM, la DGS et les comités de protection des personnes (CPP) ont mis en place des procédures accélérées pour l’évaluation initiale des demandes d’autorisations », a indiqué l’agence sanitaire française, qui demande aux promoteurs de « prendre contact avec les autorités afin de prioriser l’essai clinique, d’orienter l’évaluation et d’établir si des informations additionnelles sont nécessaires ».